Episode 5 : Conseiller

Redonner tout son sens au mot conseil dans le dispositif du conseil de classe, en faire un véritable moment pédagogique, repenser le bulletin, élaborer des contrats trimestriels : nous sommes au cœur de l’action pédagogique à Clisthène.

Lundi après-midi, 16 heures, dans une salle de classe à Clisthène. Autour de la table : les professeurs, l’équipe de direction, un parent d’élève, la déléguée de la classe de 6e. Mais aussi : trois élèves de 6e du groupe de tutorat n°6, leur délégué et surtout Jeanne dont le conseil de classe commence. En effet, à Clisthène, chaque élève assiste à ce moment-clé du trimestre. Au mur, est projeté son bulletin.

Une prise de parole ritualisée

C’est à elle de prendre la parole pour faire un premier bilan de son trimestre, en termes de travail, de résultats, d’implication dans la vie du collège. Élève déjà timide, elle est impressionnée devant cette assemblée. Jean-François Boulagnon, responsable de la structure, l’encourage : « Tu peux, si tu le veux, lire le bilan que tu as rédigé sur le bulletin ».

Jeanne se lance : « Un début de trimestre moyen mais la fin s’est bien passée et je travaille bien à la maison. J’ai un bon comportement ».

C’est ensuite à Nawel, déléguée de classe, de prendre la parole :

« Jeanne bavarde un peu mais pas toujours, elle ne lève jamais le doigt, je pense qu’elle devrait demander plus souvent de l’aide ». Les délégués ont souvent recours à une syntaxe compliquée pour faire preuve d’honnêteté tout en gardant une parole positive. Nawel s’en sort à merveille et obtiendra une compétence verte pour son rôle trimestriel : ses bilans sont clairement exposés, elle a pris des notes et présente des synthèses pertinentes sur chaque élève.

- Quelle est son attitude en aide au travail ? demande Pierre-Jean Marty, membre de la direction.

- Elle a du mal à se mettre au travail. En temps de bilan, on ne l’entend pas souvent », répond Anthony, le délégué du groupe de tutorat.

C’est alors à Nadine Coussy-Clavaud, la tutrice de Jeanne, de s’exprimer. Adulte référente de l’élève, elle commente son attitude en aide au travail, son comportement en dehors de la classe, son implication dans la vie du collège et sa participation au temps de bilan du vendredi matin :

« Jeanne, tu as conscience que les débuts ont été assez difficiles mais tu sembles t’investir un peu plus. Cependant, l’aide au travail n’est pas assez efficace car tu bavardes et tu rêves trop. Ta prise de parole reste trop discrète, tu dois vraiment t’engager davantage dans le groupe de tutorat et dans ton travail. »

Un bulletin trimestriel en quatre pages

Jean-François Boulagnon prend le relais pour commenter le bulletin de Jeanne et en faire une synthèse. Sur la première page, le bilan des compétences de travail et des compétences sociales du premier trimestre. Le jeu des couleurs (rouge, non acquis, orange, en cours d’acquisition et vert, acquis) permet de comparer d’un seul coup d’oeil l’évaluation de l’élève (colonne de gauche) et celle des adultes (colonne de droite). Jeanne estime maîtriser les principales compétences de travail (j’ai mon matériel, je travaille en classe, je suis attentive, je fais mon travail personnel…). Or, le bilan de l’équipe lui renvoie un constat plus réservé : elle a encore des progrès à faire puisque toutes ces compétences sont en cours d’acquisition. L’écart est encore plus flagrant en ce qui concerne la compétence je suis un élément moteur et engagé dans le groupe de bilan. Elle est verte pour Jeanne, rouge pour l’équipe. Une première piste est donnée pour aider Jeanne à progresser : prendre la mesure du travail qui lui est demandé car elle a sous-estimé l’implication qu’on attendait d’elle.

La deuxième page du bulletin trimestriel de Jeanne présente ses compétences aux cours disciplinaires ainsi que les appréciations des professeurs. Aucune note, car depuis le début de l’année les 6e ne sont évalués que par compétences.

Jean-François Boulagnon passe à la deuxième page du bulletin, celle qui concerne les cours disciplinaires. « L’ensemble des professeurs s’accorde sur une certaine passivité en classe et un travail personnel qui manque de régularité ». Chaque enseignant a évalué Jeanne selon cinq compétences spécifiques à sa discipline. Ainsi, on peut voir que Jeanne maîtrise l’addition et la soustraction des nombres décimaux mais obtient souvent rouge en apprentissage des leçons.

La troisième page du bulletin fait le bilan des temps interdisciplinaires : Jeanne rencontre des difficultés dans les projets et les semaines interdisciplinaires car elle manque d’autonomie et a du mal à s’organiser. Sur la quatrième page, celle des ateliers de l’après-midi, les appréciations et les couleurs sont contrastées : Jeanne réussit en technologie mais rencontre des difficultés en EPS. La grande variété des regroupements d’élèves et des types d’activités, l’évaluation par compétences permettent de dresser un profil précis de l’élève en détectant ses points faibles et en mettant en valeur ses points forts.

Toujours conseiller

Comme dans un conseil de classe classique, les adultes peuvent ensuite prendre la parole. Mais dresser un bilan ne suffisant pas, nous nous sommes donc imposés deux règles intangibles : nous devons toujours nous adresser directement à l’élève, et chaque intervention doit contenir au minimum un conseil concret, compréhensible par l’élève et qui peut être réalisable rapidement. Ainsi, nous évitons les « Tu dois travailler plus » ou encore « Trimestre moyen », pour préférer « Tu dois revoir tes leçons tous les soirs en les reformulant avec les mots clefs », « Prends la parole au moins deux fois pendant chaque cours », ou « Revois le discours direct et indirect »…

Tous ces conseils précis dessinent la feuille de route de Jeanne pour le trimestre suivant. Elle repartira donc du conseil de classe avec son contrat trimestriel sur lequel sont notés les engagements qu’elle prend pour progresser. Pour le deuxième trimestre, son contrat sera le suivant :

- S’engager dans la vie du collège et dans le travail.

- Être plus exigeante sur le travail personnel.

- Intervenir et prendre la parole au moment de la correction des exercices et du rappel des cours précédents.

- Apprendre plus régulièrement les leçons.

- Montrer à sa tutrice le travail effectué en groupe de tutorat.

Tous les élèves de Clisthène bénéficient d’un tel contrat : quels que soient ses résultats, chaque jeune doit encore progresser. Les engagements ne sont bien entendu pas les mêmes. Un élève en difficulté aura le plus souvent des consignes simples à respecter (attention en classe ou encore régularité du travail). Un élève qui réussit très bien devra souvent insister sur la solidarité et la coformation, deux valeurs essentielles à nos yeux.

Le bulletin est remis en mains propres aux parents

Le bulletin, le contrat trimestriel étant des dispositifs assez complexes, nous les remettons toujours en mains propres aux parents. Concrètement, le tuteur reçoit chaque famille pendant une demi-heure en moyenne en présence de l’élève. C’est le moment de faire le point sur le trimestre, sur les progrès, les efforts à réaliser. C’est un moment essentiel de la coéducation : parents, élève et tuteur prennent ensemble des décisions importantes pour faciliter les progrès et officialiser le contrat trimestriel.

Souvent, cet entretien permet de mieux comprendre les difficultés de certains élèves. Ainsi, un élève de 5e ne fait presque jamais ses devoirs. Quand Vincent Guédé, son tuteur, reçoit sa mère, celle-ci lui explique ses difficultés à aider son fils à la maison. Ils conviennent alors tous les deux de l’inscrire à l’aide aux devoirs organisée tous les soirs par le centre d’animation du quartier.

Des dispositifs très efficaces

Retrouvons Jeanne. Dans la semaine qui a suivi le conseil de classe, elle a réagi, elle s’est montrée plus active en aide au travail, ayant à coeur de mieux s’organiser. Elle prend la parole en classe comme cela lui a été demandé. Anne Hiribarren raconte : « Jeanne est venue tous les jours me demander le bilan d’une évaluation, consciente qu’elle avait davantage travaillé et impatiente de connaître ses résultats. Deux compétences sur cinq étaient rouges mais je lui ai expliqué qu’elle était vraiment sur la bonne voie, que ses efforts étaient visibles et porteraient leurs fruits s’ils étaient suivis. »

Ce nouvel engagement de Jeanne est vraiment positif et découle directement de ce qu’elle a entendu en conseil de classe.

Le bulletin et le conseil de classe font partie des dispositifs dont nous sommes les plus fiers car la parole posée des adultes, la présence des élèves et la volonté de donner des pistes précises pour progresser produisent des résultats rapides et réguliers.

Émettons cependant une réserve : le conseil de classe dure en moyenne 3 heures. C’est long, et la présence des élèves nous oblige à libérer leurs camarades sur du temps scolaire. Ceci ne nous satisfait pas même si depuis cette année nous leur donnons du travail supplémentaire. Nous sommes encore à la recherche d’une solution plus équilibrée. Toutefois, celle-ci ne passera pas par une réduction du temps de conseil de classe, c’est un dispositif trop précieux à Clisthène !

Anne Hiribarren, Vincent Guédé, décembre 2007.

Article paru dans le numéro 460 de février 2008 des Cahiers pédagogiques.

Modifié le dimanche 9 mars 2008 par Vincent Guédé
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